Trump contre la BBC : quand la Maison-Blanche s'invite dans un procès en diffamation
Le gouvernement américain envisage de participer au procès de 10 milliards de dollars intenté par Donald Trump contre la BBC, transformant une affaire privée en conflit institutionnel aux enjeux financiers majeurs.
Une intervention de l'État aux enjeux délicats
Le ministère américain de la Justice a notifié au tribunal fédéral de Floride qu'il envisage de participer au procès en diffamation lancé par Donald Trump contre la BBC. Cette démarche transforme une querelle entre le président et un diffuseur en un contentieux impliquant directement l'appareil d'État, soulevant des questions inédites de séparation des pouvoirs et de conflit d'intérêts.
Le litige porte sur un documentaire diffusé en octobre 2024 intitulé « Trump: A Second Chance ? ». Le montage télévision assemblait deux séquences différentes d'un discours du 6 janvier 2021 de manière à donner l'impression d'un appel direct à marcher sur le Capitole. La BBC a depuis reconnu l'erreur et présenté ses excuses, mais a refusé de verser des dommages. Son directeur général et sa patronne des informations ont tous deux quitté leurs postes suite à ce scandale.
Une demande de 10 milliards de dollars en question
En décembre 2024, Trump a saisi la cour fédérale du district sud de la Floride en réclamant 5 milliards de dollars pour diffamation, plus 5 milliards supplémentaires au titre d'une loi floridienne contre les pratiques commerciales déloyales. Le juge Roy Altman, nommé par Trump lui-même, a programmé le procès en février 2027 avec deux semaines d'audiences à Miami.
L'intervention du DOJ sert principalement une fonction défensive : selon les analystes juridiques, le gouvernement cherche avant tout à limiter les documents qui pourraient être divulgués lors de la procédure dite de « discovery ». Ce mécanisme du droit américain oblige chaque partie à communiquer à l'adversaire les pièces pertinentes du dossier.
La BBC utilise cette arme méthodiquement. Elle demande les relevés téléphoniques du président et son agenda autour du 6 janvier, ainsi qu'une assignation au Donald J. Trump Revocable Trust, la structure qui détient les intérêts commerciaux du président et que gère son fils Donald Trump Jr. L'objectif affiché : mesurer le préjudice financier réel causé par le documentaire.
La crypto au cœur de l'enjeu financier
Or, selon la déclaration de patrimoine publiée début juillet par l'Office of Government Ethics, Trump a déclaré environ 2,2 milliards de dollars de revenus en 2025. Un chiffre dominé de façon écrasante par les actifs numériques.
Les revenus cryptographiques déclarés se décomposent ainsi : 635 millions de dollars provenant du memecoin $TRUMP, plus de 550 millions tirés des ventes de tokens de World Liberty Financial (la plateforme familiale émettant WLFI et le stablecoin USD1), et 236 millions issus d'autres cessions tokenisées. À titre de comparaison, les revenus cryptographiques liés à World Liberty Financial avaient représenté 57 millions de dollars en 2024 : en une année, ce flux a été multiplié par dix environ.
Là réside le nœud du problème. Réclamer 10 milliards de dollars de dommages suppose de documenter un préjudice économique mesurable. Or Trump demande à la cour de maintenir ses documents sous le sceau du secret. La BBC, elle, plaide depuis mars que la réélection de l'intéressé et l'explosion de ses revenus rendent difficile de prouver un dommage significatif.
Une configuration institutionnelle inédite
Si Washington confirme son entrée dans la procédure d'ici février 2027, une configuration sans précédent se dessinera : le gouvernement fédéral plaidant aux côtés d'un président en exercice contre le diffuseur public d'un pays allié. Le camp Trump oppose à la demande un refus catégorique de fourniture d'informations, arguant que les demandes de la BBC sont déplacées et qu'elles transforment le procès en tribunal du 6 janvier.
Pour les observateurs suisses, ce dossier illustre comment les tensions entre liberté de presse et pouvoirs exécutifs peuvent s'entrechoquer dans un contexte où les actifs numériques représentent désormais une part substantielle des revenus présidentiels. Le calendrier judiciaire est arrêté : le tribunal devrait trancher entre ici et février 2027, tandis que les requêtes concurrentes de divulgation d'informations s'accumulent au dossier.
Source : Journal du Coin
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