Polymarket saisit la justice contre le blocage français
La plateforme de marchés prédictifs conteste en justice la décision de l'ANJ, tandis que plusieurs États européens resserrent l'étau réglementaire.
La plateforme Polymarket a franchi un pas décisif vendredi 21 août en déposant un recours devant les tribunaux français. Objectif : contester l'ordonnance de blocage prononcée par l'Autorité nationale des jeux le 16 juillet. Après des mois de négociations, le bras de fer entre la plateforme de marchés prédictifs et le régulateur français entre dans sa phase judiciaire.
Un enchaînement qui n'a duré que quelques semaines
Le contexte remonte à novembre 2024, lorsque Polymarket avait volontairement restreint les transactions depuis la France, à la suite de premières discussions avec l'ANJ. Durant près de deux ans, aucune mesure disciplinaire n'a suivi ce geste de bonne volonté. Les discussions se sont relancées en juin 2026, alors que l'ANJ exprimait de nouvelles inquiétudes concernant l'accessibilité persistante de la plateforme depuis le territoire français. Malgré ces échanges, la présidente de l'ANJ a signifié une mise en demeure pour promotion de sites de jeux d'argent non autorisés.
Le blocage pur et simple du site ordonné aux fournisseurs d'accès internet s'est justifié par deux arguments : l'absence de vérification d'identité adéquate et des soupçons de manipulation de données météo sur certains marchés. Malgré l'interdiction de parier en vigueur depuis 2024, plus de 578 000 visites françaises ont été enregistrées en juin, ce qui a renforcé la position du régulateur.
Une stratégie judiciaire diplomatique
Dans sa requête, Polymarket adopte un ton calculé et conciliant. La plateforme se présente comme un simple agrégateur d'informations plutôt que comme un opérateur de jeux d'argent. Elle exprime sa surprise devant la soudaineté de la décision tout en louant l'engagement français en faveur de l'innovation financière et technologique. Cette posture prudente contraste avec la fermeté du blocage : difficile de convaincre un régulateur de revenir sur sa décision en le traitant d'adversaire.
Polymarket affirme rester déterminée à maintenir un dialogue constructif avec l'ANJ et souhaite fonctionner selon les exigences réglementaires applicables. Le langage utilisé privilégie la collaboration plutôt que la confrontation frontale.
Une tendance réglementaire européenne qui complique la donne
Le dossier français s'inscrit dans un mouvement continental plus large. L'Allemagne, la Belgique, la Pologne, les Pays-Bas, la Suisse, la Grèce, le Portugal et la Roumanie ont tous restreint ou bloqué l'accès aux marchés prédictifs ces derniers mois. Cette convergence réglementaire crée un environnement défavorable aux demandes judiciaires de Polymarket, qui doit convaincre un tribunal dans un contexte où le consensus entre régulateurs penche clairement vers plus de contrôle.
Aux États-Unis, des batailles similaires se déroulent : Kalshi affronte plusieurs régulateurs d'État et s'est vu fermer la majorité de ses marchés dans l'État de Washington. L'issue de ces procédures judiciaires, tant en France qu'aux États-Unis, tracera les contours légaux d'une industrie encore jeune. Les marchés de prédiction restent pris entre l'attrait affiché pour l'innovation financière et les approches traditionnelles de régulation du jeu d'argent. Les tribunaux devront arbitrer cette tension croissante.
Source : Journal du Coin
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