La France ferme Polymarket, le NYSE l'enrichit

L'ANJ bloque le marché prédictif français le 16 juillet après deux ans de négociations, tandis que Wall Street l'évalue désormais 20 milliards de dollars.

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La France ferme Polymarket, le NYSE l'enrichit

Depuis le 16 juillet, les utilisateurs français ne peuvent plus accéder à Polymarket. L'Autorité nationale des jeux (ANJ) a ordonné aux fournisseurs d'accès Internet de couper l'accès à cette plateforme de paris prédictifs, qui enregistrait plus de 205 000 visiteurs uniques en France pendant le seul mois de juin. Le blocage intervient après deux années de bras de fer entre le régulateur et la société Adventure One QSS Inc., éditrice du site.

Un conflit qui s'envenime depuis novembre 2024

L'histoire ne commence pas en juillet. Dès novembre 2024, l'ANJ s'intéresse aux activités de Polymarket, estimant que son offre s'apparente à des jeux d'argent non autorisés en France. Une première mise en demeure incite l'entreprise à instaurer un géoblocage, censé interdire les transactions financières depuis le territoire français. Mais ce dispositif s'avère inefficace : l'utilisation simple d'un VPN suffit à contourner la mesure.

En février 2026, le régulateur hausse le ton et classe l'ensemble des sites de prédiction parmi les offres illégales. Son argument : ces plateformes fonctionnent comme des jeux d'argent dotés de mécanismes addictifs, mais sans aucun garde-fou du marché régulé — ni limite de mise, ni dispositif d'auto-exclusion, ni protection des joueurs vulnérables.

Des soupçons de manipulation et d'absence de contrôle d'identité

L'ANJ ne se contente pas de considérations générales. Au printemps 2026, des anomalies troublantes sont détectées sur certains marchés proposés par la plateforme : des paris sur les conditions météorologiques auraient été faussés par le piratage de capteurs météorologiques. La section de lutte contre la cybercriminalité du parquet de Paris ouvre une enquête le 4 mai et la confie à l'OFAC, l'Office anti-cybercriminalité.

Les investigations mettent au jour un problème plus fondamental encore : les versions de Polymarket accessibles aux utilisateurs français et européens ne disposent d'aucun système KYC (Know Your Customer). Cette procédure de vérification d'identité est pourtant obligatoire pour tous les opérateurs de jeux régulés en France, comme pour les plateformes crypto supervisées. Sans elle, impossible de contrôler l'âge des utilisateurs ou de tracer l'origine des fonds engagés. Cette carence constitue une violation grave de la réglementation financière française.

Confrontée à ce cumul de violations — jeu non autorisé, soupçons de manipulation, absence totale de KYC — l'ANJ active son dispositif de blocage le plus puissant : l'ordre administratif adressé à tous les FAI. Le régulateur en a déployé 1 290 en 2025. Toute levée du blocage supposerait que Polymarket mette en place une vérification d'identité et de localisation robuste suffisamment en amont pour maintenir les joueurs français hors du service.

La divergence régulateur Europe-États-Unis

La France n'agit pas seule. L'Allemagne, la Belgique, la Pologne, les Pays-Bas, la Suisse, la Grèce, le Portugal et la Roumanie ont déjà restreint ou fermé ces marchés prédictifs. L'Italie a même bloqué Polymarket pour la deuxième fois en début juillet. Neuf régulateurs européens coordonnent désormais leur action. Seul Gibraltar sort du lot en proposant le premier cadre réglementaire dédié aux marchés de prédiction et en délivrant les premières licences — démontrant qu'entre l'interdiction pure et le laisser-faire existe une voie médiane.

Aux États-Unis, le scénario contraste radicalement. Après le classement des enquêtes de la CFTC (gendarme américain des marchés dérivés) et du ministère de la Justice en juillet 2025, Polymarket reprend ses activités sous supervision fédérale. L'Intercontinental Exchange, maison mère du New York Stock Exchange, y investit d'abord 2 milliards de dollars, puis versera 600 millions supplémentaires en mars 2026. La plateforme est valorisée quelque 20 milliards de dollars.

Un même produit, deux destins : interdit à Paris, actif stratégique pour Wall Street. Pour les parieurs français, l'accès se referme précisément au moment où Polymarket atteint sa plus forte valorisation.

Source : Journal du Coin

Cet article est fourni à titre informatif uniquement. Il ne constitue pas un conseil en investissement. Les crypto-actifs et les produits dérivés comportent un risque de perte totale. Gryph News n'est pas agréé par la FINMA.